7. Les semences, héritage vivant
La graine détient en elle l’embryon de reproduction du monde végétal. Elle tombe, roule ou s’envole en répandant son espèce selon un cycle naturel ininterrompu, avant de devenir l’objet de sélections successives raisonnées pour obtenir les plus beaux fruits. 
© Jean-Baptiste Fastrez
En France, dans les années 1920, l’Institut de recherche agronomique et les compagnies semencières ont massivement investi dans l’amélioration variétale, en mettant au point des variétés de plantes à hauts rendements. L’agriculture productiviste a progressivement remplacé les variétés paysannes jugées trop peu productives, par des variétés élites, hybridées en laboratoire. Si ces semences hybrides permettent d’augmenter de façon conséquente les rendements, elles réclament aussi l’utilisation en grande quantité d’engrais et de pesticides qui, en moins d’un demi-siècle, ont contribué à l’appauvrissement des sols et de la biodiversité.
Leur diffusion a entraîné le développement exponentiel du marché des semences, contrôlé par une poignée de multinationales dont dépendent des millions d’agriculteurs depuis que la semence est devenue un bien marchand.
Vendue ou échangée, toute semence utilisée en vue d’une exploitation commerciale devait, en effet, jusqu’en 2020, appartenir à une variété inscrite au Catalogue officiel. Une variété non inscrite n’avait pas le droit d’être cultivée ni commercialisée sur le territoire national. La loi n°2020-699 autorise maintenant la commercialisation mais uniquement à des non-professionnels.
De nombreux maraîchers et associations ont œuvré ces dernières décennies pour la réutilisation de semences anciennes, reproductibles et libres de droits. Rustiques et peu exigeantes en intrants, elles possèdent une grande diversité génétique qui les rend adaptables aux terroirs et aux changements climatiques. Le réseau Semences Paysannes et l’association Kokopelli contribuent notamment à la conservation et à la diffusion dans les champs de ce patrimoine végétal.
Hybrides, paysannes, biologiques ou fermières, les semences sont intrinsèquement liées aux questions de biodiversité et d’alimentation. Elles sont au cœur des changements amorcés et apparaissent comme un élément précieux de notre avenir.
Le photographe Mario del Curto raconte l'histoire de Nicolaï Vavilov (1887-1943) à l'origine de l'Institut Vavilov, banque de graines et centre de recherche agronomique russe fondé en 1894.
Film réalisé par Bastien Genoux à l'occasion de l'exposition "Humanité végétale"(Lieu Unique, Nantes, juin-septembre 2020).
C’est ce rôle essentiel qui a motivé, dès 1925, le biologiste russe Nikolaï Vavilov. Il réalise plus de 200 expéditions à travers le monde et constitue ainsi une des plus exceptionnelles collections de semences et d’herbiers, en vue d’assurer à son pays une autonomie alimentaire. L’Institut pansoviétique de botanique appliquée qu’il a dirigé porte aujourd’hui son nom et conserve cet héritage inestimable.
Le musée remercie chaleureusement le photographe et réalisateur vaudois Mario del Curto, ainsi que Renaud Jussaume, paysan boulanger à Naves (Corrèze), dont les beaux épis de blé, seigle et épeautre issus de semences paysannes recouvrent les murs de cette cellule.
Pour en savoir plus :
Association Kokopelli
Réseau Semences Paysannes
CIVAM Limousin
