2. Quand le paysan reprend la main
À une autre échelle que celle imposée par la mondialisation, d’autres réciprocités émergent, fondées sur le partage des connaissances, des outils, des matériaux et des savoirs. Portées par des collectifs de paysans et des associations, ces initiatives proposent des alternatives viables au système de production, de distribution et de financement, qui a prévalu depuis les années 1950. Les paysans ambitionnent ainsi de retrouver leur autonomie et la maîtrise de leurs moyens de production.
Depuis 2009, l’Atelier Paysan, coopérative d’intérêt à but non lucratif, travaille avec les paysans pour la conception d’outils et de bâtiments adaptés à leur activité et à l’échelle de leur production, en recensant et en diffusant librement des plans de constructions et en proposant des formations dans toute la France. La coopérative développe aussi des partenariats avec de multiples organisations locales, nationales et internationales pour la recherche et l’expérimentation. L’Atelier Paysan réalise régulièrement des Tournées de Recensement d’Innovations Paysannes (TRIP), pour recueillir, documenter, chroniquer des adaptations, des astuces, des bonnes pratiques autour de l’outillage et des bâtiments agricoles.
© Jean-Baptiste Fastrez
L’Aggrozouk
L’Aggrozouk est un porte-outil à pédale monté sur un parallélogramme réglable en hauteur. Plus léger qu’un porte-outil traditionnel et peu gourmand en énergie, il est respectueux des sols et particulièrement adapté aux travaux maraîchers grâce aux nombreux outils qu’il permet d’associer : dents de vibroculteur, herse, disques butteurs, étoiles de binage, cages de binage etc. L’utilisateur contrôle la direction avec une manivelle à sa droite et pédale en position couchée, aidé par une assistance électrique (deux batteries 12V de 100Ah) qui peut être reliée à un panneau solaire.
© L'Atelier Paysan
© Farming Soul
Cet outil a d’abord été développé par le collectif Farming Soul qui s’est ensuite associé à l’Atelier Paysan pour assurer son adaptation auprès des paysans et sa diffusion par l’autoconstruction et les plans en accès libre.
Le cultibutte

© L'Atelier Paysan
La permaculture encourage la culture en butte qui permet notamment un meilleur drainage, favorise le développement des racines et délimite la zone de culture, dissuadant le piétinement et donc le compactage de la terre. Le cultibutte est conçu pour façonner ou entretenir les buttes. Ses dents double-spire ameublissent le sol tandis que les disques latéraux maintiennent la planche. En fonction de ses objectifs et des conditions de sol, le travail peut être affiné grâce à un ensemble d’accessoires amovibles à l’arrière : le croskicage, le rouleau fakir, la herse, les bêches roulantes.
Le four à pain

© L'Atelier Paysan
Ce four à pain est apprécié des petits producteurs pour sa légèreté, son faible encombrement et facilité d’utilisation. Le pain est disposé sur deux soles superposées (c’est-à-dire sur deux étages) reliées à un axe pivotant au centre d’une chambre de cuisson circulaire en tôle roulée, enveloppée par une cloison circulaire isolée. Le feu se fait dans un foyer sous la chambre de cuisson. Un espace entre la chambre de cuisson et la cloison isolée permet de faire circuler la fumée et la chaleur. La chauffe indirecte permet d’enchainer les fournées indéfiniment. Contrairement aux fours en terre traditionnels, ce four n’a pas d’inertie donc la chauffe est rapide. Il est très bien isolé donc économe en bois. D’une capacité de 20 à 25kg de pain par fournée, il est adapté à une utilisation mobile ou à de petites productions.
Le semoir viticole à engrais vert

© L'Atelier Paysan
Certaines plantes sont cultivées dans l’objectif d’augmenter la fertilité du sol et d’améliorer sa structure, et non pour être récoltées. C’est ce que l’on appelle « engrais vert ». La végétation spontanée qui se développe entre les rangs peut jouer ce rôle, mais l’implantation d’engrais verts nécessite généralement la réalisation d’un semis.
Développé par un viticulteur jurassien, ce semoir à engrais vert pour les vignes a rapidement suscité l’intérêt d’autres viticulteurs du territoire. Le syndicat des producteurs biologiques du Jura a alors sollicité l’Atelier Paysan pour mettre en plan cet outil avec l’accord de son inventeur. Conçu avec des profilés de métal facilement accessibles, il est désormais aisément reproductible. Son cadre possède des disques et des dents de semis prévus pour travailler en semis direct (sans labour). Les dents de herse étrille servent homogénéiser la répartition des graines et à fermer les sillons. Les éclateurs disposés à l’avant permettent également de répartir les graines sur toute la surface souhaitée. Ce semoir peut facilement être adapté à des inter-rangs de vignes plus larges que ceux pour lesquels il a été conçu.
Depuis deux ans, l’Atelier Paysan mène des réflexions en collaboration avec un groupe d’éleveurs et un ancien directeur d’abattoir pour concevoir un projet d’abattoir mobile, qui n’est à ce jour pas encore finalisé.
Envoyer une bête à l’abattoir ?
Dans une société qui a intégré la souffrance animale, de plus en plus d’éleveurs s’interrogent sur ce sujet sensible. En s’inspirant de modèles d’abattage à la ferme autrichien, allemand ou suisse, différentes hypothèses voient le jour en France depuis les années 1990. Des solutions plus ou moins satisfaisantes, plus ou moins collectives.
Proposer une alternative à l’abattoir industriel, c’est accompagner les bêtes jusqu’à la fin, leur éviter une mort et une expédition stressante, mais c’est également offrir des solutions en termes d’hygiène, et de coûts.
Le cahier des charges est terriblement complexe : abattre à la ferme, éviscérer, découper, récupérer les déchets et eaux usées, réfrigérer, transporter, conserver.
Alors, face à cette volonté de se réapproprier la dernière étape d’un travail d’élevage attentif et respectueux, pour produire une viande de qualité pour tous, les paysans sont encore assez démunis.
Ils peuvent tuer l’animal à la carabine en plein champ ou l’abattre dans une structure mobile, puis le réfrigérer et le transporter à l’abattoir pour la découpe, ou encore avoir recours à un immense camion muni de plusieurs remorques, une solution plus coûteuse et moins mobile.
Rendu encore plus difficile par l’omniprésence de lobbies qui parasitent l’action politique, et par une partie de la population qui s’oppose aujourd’hui à l’exploitation animale, le sujet n’a pas encore trouvé de consensus.
Pour plus d'informations :
L'Atelier Paysan
